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À Kano, dans le nord du Nigeria, des teinturiers plongent du coton dans des trous creusés à même le sol depuis plus de cinq cents ans. Le bleu qui en sort a habillé une bonne partie du Sahara.
Les fosses de Kofar Mata sont en activité à Kano depuis plus de cinq siècles, à l’époque où la ville était l’un des grands carrefours du commerce transsaharien. Ce sont des cuves circulaires creusées dans le sol, remplies d’une solution d’indigo en fermentation. Le savoir-faire se transmet à l’intérieur des familles, et la technique a très peu bougé.
L’indigo est une couleur paradoxale. Dans la cuve, le bain n’est pas bleu : il tire sur le vert jaunâtre, et le tissu en ressort de la même teinte. C’est au contact de l’air que l’oxydation se déclenche et que le bleu monte, en quelques secondes. Pour obtenir un bleu profond, presque noir, il faut recommencer des dizaines de fois.

En Afrique de l’Ouest, l’indigo n’a jamais été un simple choix décoratif. Il a servi de monnaie d’échange, de marqueur de statut, de signe d’appartenance. Les Touaregs teignent leurs voiles dans un bain si chargé que le pigment finit par déteindre sur la peau, ce qui leur a valu le surnom d’hommes bleus. Chez les Yoruba, la teinture à réserve, l’adire, transforme le même bleu en écriture.
African Cyber Queen part de là : un portrait contemporain posé sur le bleu des cuves de Kano, pas sur un motif décoratif. L’indigo y fait le fond, comme il fait le fond de toute la maison.